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C’était la journée avant Noël. Tout le monde se dépêchait. Pas le temps de lever le nez. Seuls les enfants regardaient émerveillés les décors et les lumières. Il y avait encore les préparatifs de dernière minute, les invités surprises, la dinde au four, la table à dresser les gâteaux à surveiller ...

Lala pensait énervée, ça sert à quoi Noël si on ne peut pas s’amuser ? Se faire gronder juste pour avoir chipé un de ces choux ronds et dorés, un de ceux fourrés à la crème pâtissière avec juste un peu de caramel craquant dessus. Se faire gronder pour ça ! Alors qu’il y en avait une montagne. Et dire que c’était Noël ! Mais Mamy l’avait bien dit :

-                  Le Père Noël ne passe pas chez les enfants désobéissants !

Mais elle n’avait pas désobéi, on ne lui avait jamais interdit d’y toucher ! C’était trop injuste. Et on l’avait punie, éjectée de la cuisine elle devait aller nourrir les poules, ce dont elle avait toujours eu horreur. De dépit elle envoya un coup de pied boudeur dans un caillou.

-                  Aïe, cria le caillou.

Ben voilà, il ne manquait plus que ça, si elle se mettait à faire mal aux cailloux, c’est sûr que le Père Noël allait refuser de lui donner des joujoux se dit-elle en se mettant à genoux.

-                  Mais que je suis sotte, les cailloux ça ne parle pas !

-                  Ah, oui ! bien moi, je parle, couina le petit caillou en se dépliant.

-                  Qui es-tu ? Et pourquoi tu es si petite ?

-                  Je ne suis pas petite et je suis une enfant fée. La princesse des Bijoux est ma mère.

-                  Je ne savais pas qu’il y avait une princesse des Bijoux.

-                  Vous les Géants vous êtes ignorants. D’où crois-tu que viennent les jolies pierres qui font les bijoux ? Ce sont les dames hiboux qui couvent des œufs de lune afin de créer toutes ces belles pierres. Ensuite les taupes creusent des galeries, aidées par les mulots afin d’enterrer les rubis, les saphirs, les diamants, toutes ces jolies choses que vous, les géants, vous nous volez. Voleurs ! Voleurs !

-                  Je suis désolée, soupira Lala, mais je ne porte pas de bijoux avec des pierres, moi, juste un petit cœur en or !

-                  Non, tu voles rien, mais tu me donnes des coups de pied !

-                  Oh ! Lala était au bord des larmes. Que puis-je faire pour toi ?

La petite fée aussi semblait au bord des larmes.

-                  Je suis perdue, j’ai faim, j’ai froid et j’ai mal au postérieur, là où tu as tapé.

Lala n’hésita pas une seconde, elle expédia sa corvée de nourrissage des poules sans même penser à sa peur et rentra se réfugier dans sa chambrette chaude et douillette, la petite fée bien cachée dans sa poche.

 

Elle fouilla dans son  cartable, il y avait toujours coincés entre les cahiers et les trousses une brique de jus de fruit, et des gâteaux enveloppés. C’est là qu’elle cachait ses menus larcins (même pas vrai : c’étaient pas des larcins, juste des provisions qu’elle faisait quand Grand-mère qui perdait parfois un peu la tête lui donnait deux goûters dans le même après-midi). La petite fée : Opale, se régalait, assise en tailleur devant une madeleine aussi grosse qu’elle, plongeant la tête dans le verre de la dînette rempli de jus d’orange. Elle était barbouillée jusqu’au bout de ses ailes.

- Qu’est-ce qu’on peut faire pour te ramener chez toi ?

- Je vais rentrer comme je suis arrivée, à minuit, je monterai sur un rayon de lune et je partirai rejoindre les miens.

 

Toute la soirée parut interminable à Lala, malgré le somptueux repas, et malgré aussi la drôlerie des cousins. Tout un chacun se demandait ce qui arrivait à la petite délurée qui d’habitude mangeait comme quatre, faisait le pitre et charmait tout le monde par ses éclats de rire en cascade. La grand-mère, contrariée, se rappela l’avoir grondée et menacée d’être privée de Père Noël, elle se promit d’être plus indulgente envers une petite fille qui savait si bien apprécier sa cuisine. Le père qui était souvent absent à cause de son travail et de ses soirées foot entre collègues se fit la promesse d’être plus présent et de s’occuper un peu plus de son enfant qui grandissait à côté de lui, mais pas vraiment avec lui. La mère se souvint qu’elle n’avait pas aidé sa fille à s’habiller et à mettre sa jolie robe pour ce soir-là. C’est vrai qu’elle laissait Lala à sa rêverie et à sa débrouillardise. Bref, tous prirent de sages résolutions qui auraient fort inquiété ce petit bout de chou si elle avait su qu’on allait  la surveiller et la couver de beaucoup plus près.  Elle, ce qu’elle voulait, c’était  finir cette soirée au plus tôt et  être envoyée au lit, afin que le Père Noël passe (ou non) en toute tranquillité, et retrouver Opale, attendant minuit avec elle.

 

Tout a une fin. Et bientôt elle put faire la bise à toute sa famille et partir se coucher, sans rouspéter pour une fois, ce qui inquiéta encore plus les invités.  Papa et maman vinrent la border, lui promirent que le Père Noël ne l’oublierait pas malgré ce qu’avait dit Mamy, qu’elle ne devait pas s’inquiéter et que demain on irait en ville à la patinoire. Aussitôt la porte fermée, Opale sortit de l’amas de joujoux et Lala toute surprise vit que son amie brillait dans le noir comme une luciole. Alors elles se mirent à parler, comme parlent deux petites filles de six ans. Des garçons qui les embêtent, des parents qui ne comprennent rien, des animaux qui vous font peur. Opale avait une peur affreuse des araignées et Lala craignait les poules. Puis elles s’amusèrent avec les rubans des poupées et Opale s’habilla d’une  robe de Barbie, la robe en crochet rose et mousseuse que Grand-Mère avait faite l’été passé. Elle s’amusait comme une petite folle, la robe dos nu et pleine de froufrous lui allait à ravir. Elle faisait des grâces en s’admirant dans le miroir. Lala lui prêta le minuscule miroir de Barbie et Opale riait sans pouvoir s’arrêter. Elles ne virent pas le temps passer.

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En bas les adultes se divertissaient, faisaient des choses mystérieuses, comme en font les adultes. Il y eut des tas de remue ménage, l’horloge sonna onze heures et demie. Lala et Opale se sentirent toutes tristes, bientôt ce serait l’heure du départ. On entendit des portes s’ouvrir, se refermer, puis l’oncle partit vers la petite maison qu’il habitait au fond du champ. Les fillettes quittèrent la fenêtre de peur d’être vues. Un grand bout de temps après, la grille grinça et un bonhomme en rouge, riant, arriva, portant un sac sur le dos. Les adultes sortirent, rirent avec lui, prirent des photos.

-                  Tu as vu Opale ? Les grands, eux ils ont le droit de voir le Père Noël. Dommage que tonton soit parti si tôt, il l’aurait vu aussi.

-                  Oui, les adultes sont bizarres. Maman ne veut jamais non plus que je sois dehors la nuit de Noël, elle doit s’inquiéter. Quand elle m’a vue tomber elle a bien essayé de me rattraper, mais …

-                  Ne t’en fais pas, c’est bientôt l’heure.

En bas on entendit : Ding, les adultes crièrent en chœur :  Un,

Ding, Deux,

Ding, Trois, la Lune devenait de plus en plus brillante Opale se tenait sur l’appui de la fenêtre regardant Lala en pleurant et en souriant,

Ding, Six,

Ding Elles se firent un petit signe de la main, Dix,

Ding

- Zut je t’ai pas rendue la robe

- Garde-là !

Opale fit un drôle de geste de la main et Lala sentit une chaleur sur sa poitrine.

Ding Douze, JOYEUX NOËL hurlèrent les adultes en bas. Un rayon de Lune se posa sur le rebord de la fenêtre Opale sauta dessus, une femme minuscule et ailée, vêtue de lumière lui fit un grand sourire et tout disparut.

 

Lala s’endormit en faisant d’étranges rêves. Au matin à moitié sûre d’avoir rêvé elle se précipita au salon. Sous le sapin des montagnes de jouets les attendaient elle et ses cousins : poupées, dînettes, un petit appareil photo en plastique rose et deux bleus, des trains électriques ; un petit chien robot, des voitures télécommandées, et une robe de princesse rose. Elle riait, riait. Déjà les souvenirs de la veille s’effaçaient. Vite elle partit se changer dans sa chambre. Enlevé le pyjama, les pantoufles, à peine brossés les cheveux, et hop, la belle robe. Toute étonnée de se trouver jolie, elle se regarda mieux, et se souvenant un peu, à peine, de Opale, prit des poses, commença à s’arranger, sortit de dessous la robe le médaillon offert par maman pour l’anniversaire : un tout petit cœur en or. Brillant comme le soleil, et là ! là ! Oui, elle ne rêvait pas, enchâssée dans l’or une pierre blanche et bleue avec des reflets d’arc en ciel. Alors tout lui revint de la veille, et dans sa tête une petite voix chantonna:

« Opale est mon nom, et toujours tu te souviendras de moi grâce à ma pierre »

 

Ça c’est un Noël pensa-t-elle et toute souriante descendit faire admirer sa belle robe. Fière comme un pou.

 

Tag(s) : #contes et histoires
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