Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Il y a bien longtemps de cela, la fée de l’Aube se promenant sur un rayon de soleil entendit pleurer un petit enfant. Elle  tenta de savoir les raisons de ces pleurs. Un garçonnet sentait trembler une dent et il avait peur qu’elle tombe suivie de toutes les autres. La fée de l’aube était bien jeune encore et avait le cœur tendre. Elle convoqua toutes les fées, les animaux et les éléments afin de leur demander ce que l’on pourrait faire. Dès le début l’éléphant, le morse,  le narval et d’autres décidèrent que le sujet ne les concernait pas et s’en allèrent. Certaines fées avaient à faire ailleurs et partirent. D’autres se souvenant de leur jeunesse décidèrent de l’aider. Après de longues discussions il fut décidé  que lorsqu’un enfant perdrait une dent il recevrait une piécette pour le réconforter. Une piécette de cuivre dorée et brillante comme le soleil. La question se posait de savoir comment le sou serait délivré.

 

À ce moment là, les  animaux sauvages partirent. Les histoires des hommes ne les intéressaient pas. Tous les gros animaux domestiques s’en allèrent ainsi que les animaux aquatiques, et bien d’autres encore qui n‘auraient pu remplir cette mission. Ne restaient que les oiseaux, les chiens, les chats et les éléments. Le vent dit,

« Je peux passer partout sous les portes, par les cheminées, je suis rapide et silencieux »

L’Aurore demanda

« Comment porteras-tu la pièce, et qui fera ton travail pendant ce temps ? »

Le vent s’en alla lui aussi. Le feu se proposa, mais l’on eut trop peur qu’il n’incendie tout sur son passage, l’eau aurait tout noyé et la terre  tout enseveli, les oiseaux ne pouvaient pas : construire un nid, voler, chanter, nourrir des oisillons affamés tout cela prend trop de temps. Face aux fées ne restaient que les chiens, les chats et ignorée de tous, une petite souris, Sitha. Celle-ci passait son temps à brosser et entretenir sa queue, un magnifique panache semblable à celui des écureuils. Les souris étaient ainsi naguère. Le chat se leva, majestueux, s’étira et miaula qu’il était discret, intelligent et que c’était là un travail qu’il pouvait faire.

 

Les fées mirent un morceau de soleil et un sou de cuivre dans un grand chaudron et firent chauffer le tout, créant une pièce brillante comme l’astre du jour  et légère comme l’air. Dérus, le chat saisit la pièce entre ses dents et lentement se dirigea  vers la fée de l’aube, d’un coup de baguette celle-ci enchanta la pièce. D’elle-même elle dirigerait le porteur, et une fois déposée à destination il en viendrait une autre pour le prochain enfant. .

 

Le chat partit  remplir son office, au début tout se passa bien, il dédaigna les oisillons et les  bestioles trottinant dans les coins. Il ne s’arrêta même pas pour faire sa toilette. Et lorsqu’il arriva dans la chambre où dormait un petit enfant, il souleva délicatement l’oreiller, s’empara de la dent et posa la pièce sous l’oreiller. La dent disparut dans une lueur bleue et à la place une nouvelle pièce parut. Le chat allait la saisir quand il regarda un peu mieux la couette profonde.

« Allons, se dit-il, ce n’est pas un petit somme de quelques minutes qui va causer du tort »

Il pétrit soigneusement la couette des ses pattes avant, faisant un trou douillet et s’y allongea, ronronnant. Le chien là-haut, aboyait et jappait pour le réveiller. Les fées trépignaient, mais rien n’y faisait. La souris intéressée délaissa sa toilette. Mais, non,  Dérus dormait déjà. Les fées se décidèrent et en quelques mouvements de baguettes le chien fut envoyé dans la chambre. Il se saisit de la pièce abandonnée sur la couette, et poussant la porte s’en fut vers la prochaine destination. Mais le chat se réveilla, comprit ce qui se passait et furieux poursuivit le chien, le rattrapant sur un pont, il lui sauta sur le dos miaulant, crachant :

« Voleur, voleur, fuyard

Et le chien de répondre

« Paresseux, feignant

Et la pièce tomba, roulant, rebondissant, disparaissant dans l’onde furieuse.  Les deux bagarreurs se regardèrent consternés. Le chien sauta dans l’eau, mais las, la pièce était introuvable. Le chien chercha, chercha à s’en épuiser et n’eut été le chat qui fit tomber une branche en travers du ruisseau, aurait bien pu finir noyé. Penauds les animaux comparurent devant les fées. Elles étaient aussi furieuses qu’inquiètes.

« Quand la pièce est tombée dans l’eau, elle a été emportée, puis s’est échouée devant la grotte de Hénaki. »

« Hénaki ? » couina la petite souris, mais personne ne l’entendit, le chat miaulait, crachait, le chien aboyait, grondait et les fées se lamentaient. Au milieu de tout ce bruit Sitha entendit les mots Roi et Dragons. Sa queue se hérissa et son museau se plissa de peur. Mais curieuse, elle resta. Aube tremblante  annonça

« Puisque c’est mon idée, je vais aller lui réclamer la pièce. Il ne peut pas, ne doit pas la garder. Il se moque bien de la magie de la pièce, la seule chose qu’il veut, c’est accumuler des richesses, de l’or, de l’argent et des joyaux. Si je lui échange contre de l’or peut-être la rendra-t-il ? »

 

Mais rien n’y fit. Hénaki refusa de seulement entendre Aube, à peine s’était-elle approchée de la grotte qu’il sortit, crachant du feu, tempêtant et hurlant qu’il ferait rôtir quiconque s’approcherait de lui, car disait-il il avait trouvé un grand trésor, une pièce aussi brillante que le soleil et qu’il savait bien qu’on la voulait  prendre. Là-dessus, il était retourné dans la grotte, se couchant devant l’entrée bouchant tout passage. Personne ne pouvait ou ne voulait aller à la recherche de la pièce. Le vent craignait le roi des dragons, car celui-ci commande aux tempêtes et à tous les éléments de l’air les plus violents. Le feu ne pouvait rien contre Hénaki, lui-même élément de feu.  Hénaki roi des dragons régnait sur les dragons des eaux et celle ci craignait les tempêtes déchaînées par les soldats du Roi Dragon. La terre ne pouvait rien contre les rochers des grottes. Les fées mourraient  si elles s’approchaient trop des flammes des dragons. Le chat et le chien voulaient y aller, mais les fées refusaient voyant bien qu’il n’y avait pas moyen pour eux de pénétrer dans l’antre du dragon. Il fut convenu d’attendre la prochaine sortie de Hénaki et d’envoyer le chat, si cela pouvait se faire. Dans le silence suivant cette annonce on entendit une petite voix  affirmer

« Je peux le faire moi » c’était Sitha

Le chat souffla de mépris et le chien aboya de rire si fort que la petite souris sursauta et fila se cacher dans les jupes de Iris la fée des arcs en ciel. Mais Sitha répétait

« Je peux le faire, je peux le faire » Encore et encore, si bien que juste pour la faire taire on accepta de l’écouter

« Je suis petite, dès que le dragon dormira, je me faufilerai, moi je trouverai bien la place de passer, la pièce je la prendrai dans mes dents et en même pas le temps qu’il faut à Dérus pour s’endormir je serai sortie de la grotte avec la pièce. Et puis, qu’avez-vous à perdre ? Ce ne sera pas un drame si le dragon me croque. » Tant et tant qu’à la fin Aube, Aurore et Iris cédèrent.

 

Il en fut fait ainsi, et tout se passa sans difficulté aucune. Posée à quelques lieues de la grotte en compagnie de Kiro le chien, elle se jucha sur son dos et en peu de temps ils furent en vue des fumées s’échappant de l’antre. Kiro s’arrêta laissant descendre la souris. Sitha filait comme le vent, sans prendre la peine de réfléchir, sinon elle savait bien qu’elle aurait fait demi-tour. Devant l’entrée de la grotte tout se passa comme prévu, il y avait un petit espace entre les pattes de Hénaki, juste suffisant pour passer. Dans la grotte, il y avait des montagnes d’or, de bijoux, mais, à part, dans un coin, sur un coffre : la Pièce. Sitôt vue, sitôt saisie. Le dragon dormait, lâchant des petits jets de feu. Prenant son courage à 4 pattes Sitha se résolut à sortir. Hénaki ronflait et bavait dans son sommeil. Sitha se mit à courir de plus en plus vite, tous poils hérissés, queue dressée, passant au ras du mufle du dragon, tellement proche que la queue chatouilla les naseaux fumants, déclenchant un éternuement terrible, accompagné d’une colonne de feu. Les flammes roussirent le dos et la queue de Sitha, la laissant toute pelée. Heureuse de s’en tirer à si bon compte la souris courut se blottir contre Kiro attendant la venue des fées.

 

Plus tard, réconfortée, nettoyée, fêtée les fées lui demandèrent ce qu’ elle désirait le plus au monde

« Je veux porter les pièces aux enfants, je me faufile partout, je suis silencieuse et même un dragon ne peut m’arrêter

Les fées éclatèrent de rire et lui donnèrent le titre de petite souris des dents. Aube voulut soigner son pauvre panache tout déplumé mais Sitha refusa, déclarant qu’elle porterait désormais cette blessure comme une décoration, souvenir de sa bagarre avec un dragon. C’est depuis ce temps  que les souris sont telles qu’elles sont et qu’elles mettent des pièces sous les oreillers des enfants la nuit.

 

Tag(s) : #contes et histoires

Partager cet article

Repost 0