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Il y a bien longtemps le monde était plat. Nos ancêtres le savaient bien qui avaient si peur de s’aventurer près de la fin du monde. D’ailleurs à l’époque, il en tombait des gens et des animaux par-dessus bord. Ils tournoyaient longtemps dans les airs puis finissaient  comme des lumières dans le ciel nocturne. Les hommes apprirent assez vite à se méfier du bord du monde, mais certains imprudents illuminent nos nuits.  Poussés là par quelque fâcheuse aventure ou par désespoir ils veillent sur le monde d’en bas depuis la nuit des temps. Il y a là-haut, entre autres : un chasseur et une vierge, des jumeaux et plusieurs Dieux  qui préfèrent habiter les cieux que la Terre. Les  êtres fabuleux aussi ont décidé que le silence de la nuit et le calme étaient préférables à ce monde bruyant. Les chevaux ailés et les Sagittaires, les Sirènes et bien d’autres que l’on croit disparus sont là-haut et discutent entre eux, calmement, depuis des siècles et des siècles.

 

Parfois certains tombaient, qui ne le voulaient pas et laissaient derrière eux regrets et larmes. C’est ainsi qu’un jour une oursonne intrépide partit à la chasse au papillon et ours-1024x665entrainée par le jeu culbuta en pleurnichant. Maman Ourse alertée courut, courut, mais arriva trop tard. Elle se coucha sur le bord, tendit la patte aussi loin qu’elle put, mais elle ne put qu’effleurer le postérieur de la petite. Elle s’étira encore tant et tant qu’elle finit par suivre son enfant dans la chute. Ours prévenu par ses amis s’assit au bord du monde et commença à se lamenter. Rien ne le distrayait de son chagrin, ni les rayons de miel que les abeilles venaient lui déposer aux pieds, ni les cabrioles des faons.

 

Ours pleurait et parce que tous étaient ses amis, les animaux décidèrent de faire quelque chose. Oh pas faire revenir Ourse et Oursonne, cela était impossible, les Hommes ces casse pieds de génie avaient déjà essayé à maintes reprises d’aller là haut, ou là-bas, appelez cela comme vous voulez, mais nul n’y était arrivé. Et ils avaient tenté tant de choses que les animaux savaient ne pouvoir inventer d’autres idées.  Pourtant ils se réunirent non loin d’Ours qui entendait les débats sans participer, pour autant. Et les animaux se demandaient comment faire pour que cela n’arrive plus jamais et que l’envol de Maman Ourse serve à quelque chose.

 

Ours regardait tristement à ses pieds quand il vit rouler sur le sol, une pomme. Et sur la pomme une petite fourmi. Ou plutôt sous la pomme. Pour éviter qu’elle ne soit écrasée au prochain tour, il souleva la pomme et regarda la petite bestiole, qui la tête en bas lui rendait bien son regard. Souriant pour la première fois depuis le départ de son épouse aimée, il se précipita au milieu de la réunion animalière, brandissant la pomme : «  regardez ! regardez, elle est dessous et ne tombe pas. »

 

Il fallut un bon moment avant que tout se calme et que Ours explique son idée : « si le monde était rond, il n’y aurait plus de bord, et on ne tomberait pas » Bien sûr certains dirent : « oui mais vivre la tête en bas … » ou « es-tu sûr qu’on ne va pas tomber », et ils essayèrent de poser des objets sous la pomme. « tu vois ce n’est pas possible ». Mais Ours n’en démordait pas. Voyez-vous, il sentait bien une vague idée remuer en lui, mais l’Homme n’avait pas encore inventé la gravitation, alors comment aurait-il pu s’expliquer ?

 

Alors les animaux débattirent entre eux encore un bon bout de temps et Ours trépignait sur place. Alors la question se posa, « De toute façon comment rendre le monde rond ? Au cas où l’on pourrait vivre la tête en bas, bien sûr. » Chien qui avait toujours la tête aussi pleine d’idées que  l’échine pleine de puces, regardait Ours sauter sur place et dit «  voilà comment ! »  Et les animaux se mirent à rire. Et le mot passa de bouche en bouche, de museaux en groins, en becs, en mufle, en … Et les animaux vinrent sur tout le tour du bord du monde. Et se mirent à sauter. Au début on ne voyait pas de changement, puis Chien se mit à aboyer en cadence, et les animaux suivirent le rythme. Alors peu à peu les bords commencèrent à pencher et les animaux ne glissaient pas, mais suivaient la courbure, et sautaient encore et encore, se relayant sans arrêt. Ce qui au début n’avait été qu’une tentative pour consoler Ours devenait un immense rêve.

 

Bien sûr certains excités sautèrent trop fort, ou à contre temps, ou … et tombèrent. Mais cela ne ralentit pas l’ardeur des autres. D’ailleurs les derniers à tomber formèrent une immense rivière de lumières qui se regroupaient pour suivre les progrès des animaux sauteurs, donnant, même de nuit une vague lueur. On l’appela la Voie Lactée, en raison de cette lumière blanche comme le lait qui barrait le ciel d’encre. Et le monde devint rond sous les yeux des étoiles et des êtres fabuleux qui peuplent notre nuit et aussi sous le regard attentif de maman Ourse qui là haut veille sur sa petite fofolle toujours en train de courir derrière son papillon.

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Alors voilà comment les animaux donnèrent la vie à la terre que nous connaissons. N’écoutez pas ceux qui vous parlent de Big Bang ou qui inventent je ne sais quelle obscure théorie sur la création du monde et des étoiles. Je vous ai dit la vérité … Enfin, ...  une vérité.

 

Tag(s) : #contes et histoires

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